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Dans cet exercice, nous allons tenter d’apaiser l’ego.

Non pas le combattre.

Car le combattre serait encore lui donner un adversaire, une histoire, une importance.

Nous allons simplement essayer de cesser, pendant quelques instants, de le nourrir.

Et ce premier exercice commencera chez vous.

Choisissez une pièce dans laquelle vous vous sentez en sécurité. Une pièce que vous pourrez plonger dans l’obscurité, aussi silencieuse que possible, et débarrassée, autant que vous le pourrez, des objets du quotidien.

Il ne s’agit pas de transformer ce lieu.

Seulement de lui retirer, provisoirement, ce qui appelle votre regard, vos souvenirs, vos habitudes ou vos responsabilités.

Cet exercice n’est ni un défi ni une compétition avec vous-même.

Il n’y a rien à réussir.

Si une angoisse trop vive apparaît, si votre corps ne parvient plus à demeurer paisible, ouvrez les yeux. Rallumez la lumière. Quittez la pièce.

Vous n’aurez rien échoué.

Ce retrait ne possède de valeur que s’il demeure libre. Il la perd dès qu’il devient une épreuve que l’on s’impose de surmonter.

Les personnes sujettes aux crises d’angoisse, à la dissociation ou aux états de panique pourront commencer par quelques minutes seulement.

Avant d’entrer dans l’obscurité, retirez votre montre, vos bijoux, votre téléphone et tout objet susceptible de vous rappeler l’heure, votre fonction, votre image ou votre place dans le monde.

Portez une tenue simple, neutre et confortable.

Il ne s’agit pas de mépriser ces objets.

Ils ne sont pas mauvais.

Mais chacun d’eux raconte quelque chose à votre sujet. Et durant cet exercice, nous allons essayer de suspendre ce récit.

Réglez une minuterie qui ne sonnera qu’une seule fois. Un minuteur de cuisine, une horloge mécanique ou tout autre dispositif qui ne vous sollicitera pas avant la fin.

Placez-le suffisamment loin pour ne pas être tenté de consulter le temps restant.

Pour une première séance, quinze à vingt minutes suffisent.

Vous pourrez ensuite prolonger progressivement cette durée : trente minutes, quarante-cinq minutes, puis éventuellement une heure, deux heures.

Asseyez-vous, adossez-vous ou allongez-vous.

La posture importe peu, pourvu qu’elle ne vous oblige pas à lutter contre une douleur ou un inconfort inutile. La posture allongée est probablement la plus confortable, mais parfois sujette à l’assoupissement.

Puis éteignez la lumière.

Ne cherchez rien.

N’attendez aucune vision, aucun signe, aucune sensation particulière.

Ne tentez pas davantage de contrôler votre respiration. Laissez-la trouver son propre rythme.

Des pensées apparaîtront.

Des obligations.

Des visages.

Des conversations anciennes.

Des projets, des regrets, des inquiétudes ou des scènes sans importance.

Ne les combattez pas.

Mais ne les poursuivez pas non plus.

Une pensée n’est encore qu’un mouvement.

Elle ne devient un récit que lorsque vous commencez à lui répondre, à la commenter, à la justifier ou à imaginer ce qui pourrait lui succéder.

Laissez chaque pensée apparaître, puis passer.

Il ne s’agit donc pas de ne plus penser.

Il s’agit de ne plus achever toutes les histoires que la pensée commence.

Peu à peu, vous remarquerez peut-être quelque chose.

En vous, une voix commente presque continuellement ce qui arrive.

Elle nomme.

Elle compare.

Elle juge.

Elle se souvient.

Elle prépare ce qu’elle dira demain.

Elle défend ce qu’elle croit être.

Cette voix n’est pas votre ennemie. Elle vous a permis de vivre parmi les autres, d’anticiper les dangers, de protéger votre histoire et de conserver une certaine continuité.

Mais durant cet exercice, elle n’a rien à défendre.

Vous n’avez aucun rôle à tenir.

Personne ne vous regarde.

Personne ne vous demande de répondre.

Dans l’obscurité, votre visage disparaît.

Votre âge disparaît.

Votre statut disparaît.

Votre nom lui-même cesse, pendant ce retrait avec vous-même, d’être utile.

Le corps demeure.

Les pensées demeurent.

Mais ils ne sont plus nécessairement le centre autour duquel toute chose doit s’organiser.

Ils deviennent des présences passagères.

Des phénomènes qui apparaissent, se transforment, puis s’effacent.

Et si, ne serait-ce que durant quelques secondes, vous cessez de vous raconter à vous-même…

si vous cessez de vous définir, de vous projeter, de vous expliquer ou de vous défendre…

alors l’ego commence doucement à se retirer.

Laissez également cette pensée passer.

La pratique ne consiste pas à atteindre un état définitif.

Elle consiste à reconnaître les instants durant lesquels le récit de soi s’interrompt.

D’abord une seconde.

Puis quelques secondes.

Peut-être davantage.

Ce silence ne provoque aucune révélation.

Il n’oblige rien à apparaître.

Il ne convoque pas la Source.

Il rend seulement l’espace intérieur un peu moins encombré.

Car la Source n’est ni la lumière que nous imaginons, ni les ténèbres que nous redoutons.

Elle ne se montre pas comme un objet placé devant nos yeux.

Elle n’a pas besoin de se manifester.

Elle est.

Et peut-être ne pouvons-nous nous en approcher qu’au moment où nous cessons, nous-mêmes, de vouloir constamment apparaître.